05 janvier 2009
Retour d'acide. (Souvenirs de Stalag).
Tous les vendredis matins, (jour où on s'aperçoit qu' on n' a rien à bouffer pour le week end et qu' on a
peur) je vais au supermarché, cool ou presque. J'y vais toujours à la même heure, parce que je fais beaucoup de choses à la même heure, c'est ce qui me lie avec le quotidien, le drame et accessoirement mon insignifiance. Eh bien immanquablement je tombe sur qui, hein? Ma première prof d' allemand, mon premier bourreau femelle. C'est une histoire répandue, celle du traumatisme par le truchement de "l'onzeignemon de la long deu keuteu" comme dirait Bill des Tokio Hotéleu, mais je sais pas pourquoi, les profs d' allemand sont toujours des suppôts du Malin, des tordus vachement droits dans leurs bottes cirées par des innocents. Doit y avoir une "Fabrik" quelque part je sais pas. J' ai pas eu d' enfance moi, j' ai signé pour faire allemand première langue à 10 ans. ( prononcez dzén yareu). Et vu comme je tremble en écrivant, j' ai le droit de gueuler je crois. Je pouvais pas à l'époque, je ne pouvais que me faire dessus en articulant "guten Morgen" à la maitresse, la fameuse que je croise tous les vendredis au rayon poisson à dix heures tapantes. Limite si on devait pas lui faire une révérence à la Sissi. Cette saleté, parce que c'en était une, s'appelait madame Salomon, ça s'invente pas ça. Des cheveux blonds comme une BlitzKrieg, des fringues repassées par un fer Krups, et un regard de LuftWaffe que lorsque ce genre de regard te fixe tu penses à un Luger pointé sur sur ton front de môme qu' a rien fait, et tu te mets à déclamer tes verbes irréguliers comme s'ils étaient voeux de chasteté envers les autres langues, les sous-langues comme on finissait par dire à nos copains qui allaient en anglais aussi légers que s'ils gambadaient vers le square. On méprisait les autres d'être épargnés par l' oppression, du coup, quand on a dû prendre anglais deuxième langue en quatrième, on se demandait si l' education nationale se foutait pas de la gueule du monde à enseigner un dialecte aussi primitif ( I LOVE YOU : JE AIMER TOI) avec une conjugaison limitée, inventée vite fait histoire de pas grogner, et une grammaire emasculée... On finissait par être vachement nerveux à l' intérieur et je crois même qu' on a fabriqué nos premières rides à cette époque. Aujourd'hui encore je m'aperçois que ces années passées à réciter des vers de Novalis en sueur n'ont servi qu'à ce que je les oublie dès l' âge adulte, l' âge libre de cours d' allemand. J'exagère quand je dis "oublié" parce que je sursaute comme un bandit en cavale dès qu'un mot de vocabulaire me revient, je ne sais par quel hasard chimique. Pas tranquilles. On a fait de nous des gens inquiets, névrosés du par coeur, utilisant l'autoflagellation en cas de lacune quelle qu'elle soit. Quand je me refais le casting, de tous les profs d'allemand subis, pas un ne me semble fiable niveau psychiatrique, tous épris de tocs divers, avec une horloge à la place du ventre, des diablotins sans fantaisie avec des petits sacs en cuir rigide au poing, des lunettes aux verres briqués avec haine; j 'exagère pas, quand je recroise cette prof, cette barre de fer, avec ses tifs toujours aussi présents sur son crane, en casque, j'observe de loin ce petit soldat, ordonnant à la poissonnière de lui "lever méticuleusement des filets", méprisant la gueule ouverte des truites en rang en train d'ignorer l'allemand et Thomas Mann, eh bien je lui ferai bien un...Je lui dirais bien que...Enfin je sens monter en moi...Juste... "Guten Morgen Frau Salomon".
Commentaires
Jawohl.
Le traumatisme c'est surtout de la croiser des années apres !! un demenagement anti "passé qui revient" s'impose.
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